| Pathogénie | |
Depuis les premières publications sur le rôle de B. bronchiseptica dans l'URTD féline, un grand nombre de cas ont été rapportés, y compris des cas entraînant une mortalité, suite à une infection à B. bronchiseptica (Welsh 1996). La pathogénie chez le chat est toujours inconnue, mais on peut supposer qu'elle est comparable aux autres espèces. Par ailleurs, on peut apprendre beaucoup d'informations à partir des autres espèces de Bordetelles. B. pertussis (qui infecte l'homme) et B. parapertussis (qui infecte l'homme et le mouton) proches de B. bronchiseptica : ce sont probablement des lignées adaptées à l'homme et aux ovins. |
| Infections à Bordetella des espèces domestiques | | B. bronchiseptica peut infecter de nombreuses espèces, dont les souris, les rats, les cobayes, les lapins, les chats, les chiens, les porcs, les moutons, les chevaux et les ours (Goodnow 1980); elle provoque diverses pathologies respiratoires, telles que la toux de chenil, la rhinite atrophique des porcs et le « rhume » du lapin (Appel et Binn 1987, Magyar et col. 1988, Deeb et col. 1990, Keil et Fenwick 1998). L’infection de l’homme a été démontrée, mais chez des individus à l'état de santé gravement altéré (Dworkin et col. 1999, Tamion et col. 1996). |
| Infection de l'hôte et induction de la maladie respiratoire | B. bronchiseptica colonise la muqueuse respiratoire ciliée, une surface conçue pour éliminer les particules étrangères; ceci explique l'importance des mécanismes d'adhésion et de persistance de ces bactéries. Les infections sont généralement chroniques, souvent asymptomatiques, et particulièrement difficiles à éliminer, même sous antibiothérapie (Goodnow 1980). Par ailleurs, les preuves d'une résistance à certains antibiotiques s'accumulent, dont les tétracyclines et l'ampicilline (Speakman et col., 1997). B. bronchiseptica semble se situer sur un axe allant de "pathogène" à "commensal". Sa capacité à établir une infection durable asymptomatique semble être une caractéristique d'adaptation et peut représenter un équilibre entre des événements immuno-stimulateurs associés à l'infection et des événements immuno-modulateurs à médiation bactérienne (Yuk et col. 2000).
Dans certaines circonstances, qui lors d’infections naturelles semblent impliquer des facteurs tels que le stress de l'hôte (Coutts et col. 1996) la maladie respiratoire se développe suite à l'expression d'une série de facteurs de virulence. Les lésions et la disparition des cellules épithéliales de la trachée suite à l’adhésion des bactéries contribuent probablement à l’apparition des symptômes de pathologie respiratoire, et éventuellement aussi à la transmission par aérosols. La perte de mobilité des cils, leur destruction et la défaillance du mécanisme d'épuration mucociliaire réunis favorisent la poursuite de la colonisation par les bactéries, leur persistance et leur transmission.
La libération de toxines après la colonisation est responsable des lésions inflammatoires locales et systémiques pendant les 3-5 premiers jours après l'infection. Les premiers signes cliniques peuvent être ensuite observés. Après le début de la réponse immune locale, les bactéries sont progressivement éliminées (Bemis et col., 1977). Chez les chats, la maladie semble en majorité se limiter d'elle-même, avec une régression spontanée qui se produit après environ 10-14 jours. Cependant, l’infection peut évoluer vers une broncho-pneumonie grave associée à B. bronchiseptica, notamment chez les chatons, et pouvant être fatale. |
| Rôle de B. bronchiseptica dans l'URTD féline | |
L’infection expérimentale par B. bronchiseptica peut induire des signes respiratoires chez les chats indemnes de C. felis / FHV / FCV / B. bronchiseptica (Elliot 1991, Jacobs et col 1993, Coutts et col. 1996, Hoskins et col. 1998). Cela démontre que B. bronchiseptica est capable d'induire une maladie respiratoire en l'absence d'autres agents pathogènes. Cependant, même si B. bronchiseptica peut agir comme un pathogène primaire et provoquer une URTD chez les chats, il est fort probable que, dans de nombreux cas, d'autres facteurs soient impliqués, y compris le stress et l'infection simultanée par des virus respiratoires. B. bronchiseptica peut aussi agir comme pathogène secondaire, notamment dans les cas d'URTD qui évoluent vers une broncho-pneumonie mortelle. |
| Facteurs de virulence et leur régulation | | B. bronchiseptica exprime dans sa paroi des molécules de surface associées et secrétées, impliquées dans la colonisation et la virulence, dont des adhésines, telles qu'hémagglutinine filamenteuse (FHA), fimbriae (Fim) et pertactine (Prn), des toxines telles qu'une adénylate cyclase/hémolysine bifonctionnelle, toxine dermonécrotique (DNT), cytotoxine trachéale (TCT), lipopolysaccharide (LPS) et une protéine secrétée de type III. L'expression de la quasi-totalité de ces facteurs de virulence est positivement régulée par les produits du segment bvgAS, de sorte que B. bronchiseptica se présente sous au moins trois phases identifiables : une phase virulente (Bvg+ ), une phase a-virulente (Bvg-) et une phase intermédiaire (Bvgi). La transition entre ces trois phases se produit en réponse à des signaux environnementaux spécifiques, dont la véritable nature reste inconnue. Les facteurs de virulence et le système de régulation bvgAS de B. bronchiseptica sont presque identiques à ceux observés dans B. pertussis, B. parapertussis et B. bronchiseptica (Arico et col. 1991, Scarlato et col. 1991, Weiss et Falkow 1984). Malgré ces similitudes, on constate cependant quelques différences importantes dans le comportement de B. bronchiseptica par comparaison aux autres sous-espèces, incluant la spécificité d'hôtes (les deux autres espèces bactériennes sont confinées à une ou deux espèces), la gravité de la maladie, la capacité à établir une infection persistante et éventuellement, les voies de transmission. B. bronchiseptica diffère des autres sous-espèces par sa capacité à survivre dans des milieux pauvres en nutriments, au moins in vitro ; ceci suggère que, en plus de la transmission par voie aérosol, cet organisme peut se transmettre via des réservoirs environnementaux (Porter et col. 1991, Porter et Wardlaw 1993). La recherche est actuellement orientée vers l'expression différentielle des gènes et le polymorphisme d’espèce. Certaines différences ont maintenant été mises en évidence. Par exemple, le gène codant pour un système de sécrétion de type III est unique chez B. bronchiseptica (Yuk et col. 1998). Ces résultats nous permettront de déterminer les caractéristiques fondamentales de la bactérie, qui jouent un rôle capital dans le déclenchement de la maladie. |
| Rôle des facteurs de virulence dans la maladie | |
Les espèces de Bordetella interagissent avec leurs hôtes mammifères, essentiellement et peut-être exclusivement au niveau des surfaces respiratoires. Plusieurs études faites au microscope électronique à balayage ont démontré que Bordetella se fixe spécifiquement aux cils de l'épithélium respiratoire (Bermis et Kennedy 1981, Matsuyama et Takino 1980, Nakai et col. 1988, Yokomizo et Shimizu 1979). Dans la cavité nasale, les conditions requises pour une colonisation semblent être réduites; les souches de B. bronchiseptica dont l'expression de FHA, Fim, Prn, et la toxine adénylate cyclase (ACT) est déficiente, sont capables de persister dans les cavités nasales des rats pendant au moins 60 jours même à des niveaux inférieurs de ceux du type sauvage (Mattoo et col. 2001). Le maintien de l'infection dans la trachée nécessite cependant que la bactérie puisse résister ou surmonter l'action d'épuration exercée par les mouvements mucociliaire et la neutralisation par les défensines, le complément et les autres facteurs antimicrobiens. FHA, sous sa forme secrétée et sous sa forme associée en surface, sert de forte adhésine et semble être essentielle pour surmonter la clearance mucociliaire (Cotter et col. 1998). LPS peut jouer un rôle important dans la résistance au complément (Harvill et col. 2000). Certains auteurs suggèrent que la TCT, libérée par Bordetella lorsqu'elle se multiplie sur les cils, et le LPS bactérien stimulent la production de NO, provoquant plusieurs changements cytopathologiques le long de la surface muqueuse, comme la lésion et la perte des cellules épithéliales de la trachée, l’arrêt des mouvements ciliaires et une défaillance du mécanisme de clearance mucociliaire. La réponse inflammatoire à l'infection par B.bronchiseptica est initiée par les lésions de l'épithélium respiratoire, ce qui provoque la libération de cytokines inflammatoires. Chez la souris, les cellules inflammatoires, essentiellement des neutrophiles, sont recrutées dans les poumons, dans les trois jours après inoculation intranasale de B. bronchiseptica (Harvill et col. 1999, Gueirard et col. 1996). Les expériences avec les souris (Weingart et col. 2000) ont montré que ACT, en ciblant les neutrophiles et les macrophages, est un facteur important dans la résistance aux mécanismes de défense de l'hôte qui se constituent, permettant ainsi à Bordetella de résister à l'action destructrice des cellules phagocytaires.
|
|